12 septembre 2007
Baigan Korma ou Aubergine Korma
Une larme coula le long de sa joue droite, toute flasque à cause de ces années passées, mais qui n’enlève rien à son charme. Cette larme devenait dense au contact d’une autre, formant ainsi une coulée d’eau brûlante de tristesse ! Ses yeux d’un noir gris se parèrent d’un voile humide et transparent qui divulguait une profonde immersion dans la passé. A cet instant précis je n’osais plus regarder cette femme indienne assise en face de moi dans le train. Elle avait une carrure enfantine, était vêtue d’un sari vert – orange, ornée discrètement de bijoux en or et portait des lunettes à monture épaisse. Ses cheveux cendrés attachés en chignon bas embellissaient son doux visage. Je baissa la tête et regarda mes mains jointes et hésitantes, je ne comprends pas… je ne sais pas quoi faire … je ne suis pas gênée ni embarrassée, juste émue …
On revenait de la fête du Dieu Ganesh, un événement qui m’avait un peu fragilisé par sa magie … et je n’étais pas la seule. Ses larmes devenaient de plus en plus fluides accompagnée d’un petit gémissement ambigu. Je la regarda de nouveau au coin de l’œil, elle avait ôté ses lunettes pour éliminer solidement ses pleures de son visage. Je leva alors la tête vers son fils assis à sa droite, son bras long enveloppait les épaules émaciés de sa mère. Je l’ai senti triste … comprenant ce qui se passait mais ne sachant pas quoi faire… « Ça va madame ? », avais-je dis sans y avoir réfléchi, instinctivement j’ai voulu être proche de cette femme, sa tristesse était si touchante que je ne pouvais ignorer la vie de ces personnes assises devant moi, dans ce wagon rempli d’indiens. Elle échangea quelques mots en hindi avec son fils tout en me regardant avec hésitation. J’ai regretté à cet instant d’avoir posé la question qui a peut être intimidé cette femme indienne. J’ai regretté à cet instant ma présence qui sans doute avait gêné la famille durant cette circonstance. Le fils à la moustache bien taillée m’adressa tout à coup la parole, d’un accent hésitant mais charmeur : «Le pays lui manque beaucoup » L’inde lui manque, voilà donc la peine de cette grand-mère nostalgique, une peine qui me toucha profondément. « Ça fait deux années qu’elle est chez nous en France » répliqua-t-il d’un air triste et impuissant à la fois. Sa terre où elle a vécu toute sa vie lui manque. Son cœur était déchiré par cet éloignement si dur ! Cette distance si pénible ! Mes yeux humides n’arrivaient pas à cacher ma peine, d’un geste tendre j’ai avancé délicatement mon corps vers cette femme, j’ai hésité à lui prendre sa main, à lui tendre la mienne. J’étais désarmée, comprenant ce qui se passe mais ne sachant pas quoi faire. Mes mots timides n’ont pas apaisé ses maux, ma présence n’a pas soulagé sa peine … La coulée d’eau brûlante de tristesse s’estompait, une dernière larme coula le long de sa joue droite, toute flasque à cause de ce présent loin de sa terre.
L’homme quitte la terre mais la terre ne quitte pas l’homme !!
En souvenir de cette rencontre humaine, j’offre ce billet à cette grand-mère indienne vêtue d’un sari aux couleurs de sa terre.
Korma d'Aubergine ou Aubergine Korma

La consistance est parfaite ni liquide ni trop épaise.
Fondante et crémeuse à souhait
Des petites aubergines (ou 2 normales)
1 gros oignon
1 boîte de lait de coco
1 bonne poignée généreuse de noix de cajou
1 c. à café de gingembre pilé
1 c. à café d’ail pilé
6 Feuilles de curry
6 cardamomes vertes
1 bâton de cannelle
1 c. à café de cumin en graines (ou moulu)
1 c. à café de coriandre moulu
½ c. à café de paprika ou de curcuma (en fonction de la couleur désirée)
1 piment vert doux
Ghee ou huile neutre
Astuces et conseils :
- Choisissez les aubergines fermes et brillantes
- Vous pouvez mettre des noix de cajou, des cachauèttes ou des amndes, à vous de voir
- Pour un korma vert, ajouter du persil et de la coriandre généreusement dans le plat. Pour un Korma jaune, mettez une cuillère à soupe de curcuma. Pour un Korma rouge orangée, mettez une cuillère à soupe de paprika. La quantité de l'épiceva déterminer l'intensité de la couleur.
- Pour avoir une aspect et une consitance liquide, faire moitié lait de coco moitié eau et ne pas faire cuire trop longtemps. Personnellement je le préfére épais.
Comment procéder :
Faire chauffer un peu de ghee ou de l’huile, y plonger les aubergines coupées en petits morceaux. Les faire revenir jusqu’à ce qu’ils soient dorés. Retirer à l’aide d’une écumoire et réserver sur du papier absorbant.
Dans le même ustensile, faire éclater les épices : piment vert coupé en deux et débarrassé de ses graines, feuilles de curry, cardamomes, clous de girofle, bâton de cannelle, cumin et coriandre pendant 1 minute. N'hésiter pas à écraser la cardamome contre les parois de votre faitout pour qu'elle dégage ses graines.
Ajouter l’oignon émincé, le gingembre et l’ail pilés. Dès que l'oignon est caramélisé, ajouter les morceaux d’aubergines et mélanger harmonieusement. Ajouter la paprika, le sel et le poivre ainsi que les noix de cajou moulu grossièrement sans les rendre en poudre. Mélanger et compter 2 minutes environ.
Ajouter le lait de coco entièrement et mélanger une fois. Laisser frémir la sauce qui va s’épaissir naturellement au bout de 8 à 10 minutes. Si vous voulez une sauce plus liquide ajoutez un peu d’eau. Personnellement je préfère mon Korma un peu épais.
Une variante :
Il est possible de mixer les épices (hors cannelle et cardamomes), les noix de cajou, l’ail et le gingembre ensemble pour obtenir une pâte que l’on ajoute directement aux aubergines. A noter que les épices rendent leurs meilleures saveurs quand elles sont chauffées à sec ou dans un peu de matière grasse. Même en faisant une pâte à Korma, je vous recommande de les faire éclater avant de les mixer, ce qui peut être long également !
Déguster avec du riz et/ou du pain indien. Pour les non végétariens ou les mateurs de viandes, accompagner de plat de viande blanche juste saisie au poivre ou de boulettes de viandes hachées par exemple.
Ce plat est tout aussi bon le lendemain (même meilleur).
Commentaires
Mon dieu quel récit touchant, tu m'as vraiment touché là. Et puis zut, j'ai les larmes aux yeux.
je suis très émue. Merci.
un joli hommage à cette grand-mère si loin des siens. La douleur de l'exil est quelque chose de profond, qui ne se voit pas mais qui se ressent tellement...
Un beau récit plein d'émotion! Ce délicieux korma me donne envie!
Bises,
Rosa
un récit touchant et ces recettes indiennes, je craque!
Une histoire émouvante et une jolie recette pour l'accompagner !
très émouvant je comprends ce qu'elle peut ressentir et tu le conte si bien bravo et merci pour cet hommage
C'est avec une petite larme dans le coin de l'oeil que je termine la lecture de ton billet, bel hommage,ton plat est regorgeant de vitalité, bonne soirée
Tu te doutes que ton récit me touche énormément. Les vieilles personnes ont sans doute encore plus de mal que les autres à s'habituer à l'exil. tout comme certaines souffrent d'être éloignées de leur compagnon de toute une vie.
Ton récit est vraiment touchant et m'émeut beaucoup. Pour te dire j'ai même versé une larme en pensant que l'exil touche beaucoup de personnes et que pour des personnes agées s'est vraiment dur...bel hommage à cette dame!
Ton plat doit être succulent!
à bientôt!
cette recette me plait trop !! allez hop pour un soir de ramadan :)
ta rencontre avec cette vieille dame est vraiment touchante , en lisant ton billet on snt ta douceur , tu es une chic fille et c'est ce qu'ont du penser cette dame et son fils
ton korma me fait envie , j'adore quand ils sont aux légumes
"L’homme quitte la terre mais la terre ne quitte pas l’homme" : Cette phrase aurait pu être écrite pour le breton déraciné que je suis, je vais me la répèter souvent! Tu décris cette femme avec une authentique émotion, vraiemnt, j'ai aimé ce récit et compris pourquoi.
C'est en votre compagnie que j'ai mangé pour la première fois des curries végétariens, et j'ai vraiment aimé!
Question idiote, mais aujourd'hui j'ai le droit aux commentaires idiots : J'ai le droit de mélanger paprika et curcuma pour avoir une couleur orangée?
je ne connaissais pas les feuilles de curry par quoi puis je les remplacer? Je vais sûrement tester cette recette.
C'erst un recit tres emouvant Minouchkah, tres touchant. Difficile de ne pas avoir une petite larme a l'oeil en pensant a cette grand-mere.
excellent
J'ai testé ta recette de korma et franchement c'etait DE LI CIEUX ...tu assures au max
je suis tes recettes avec attention...bravo et un grand merci!
excuses moi mon français, je suis indienne en france depuis un an et ne m'éxprimepas bien en français. J'aime beaucoup ton blog car tu parles bien de la cuisine indienne et de mon pays. j'ai fini ce soir de tou lire, j'aime tes textes et tes recettes.
j'aimerais faire ta connaisance.
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